
La Banque Centrale Européenne a relancé son offensive en faveur de la monnaie de banque centrale tokenisée, alors que l'Europe s'efforce de construire un marché financier tokenisé plus vaste. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a déclaré que les dépôts tokenisés et les stablecoins auront besoin d'une base de règlement publique en monnaie de banque centrale pour que le marché puisse se développer dans toute la région.
Cipollone a plaidé en ce sens lors d'un discours à Bruxelles le 23 mars. Il a affirmé que la monnaie de banque centrale tokenisée est nécessaire comme ancre de règlement pour les titres, les dépôts et les stablecoins tokenisés. Il a averti que sans cela, les participants au marché pourraient recevoir des paiements dans des actifs qu'ils ne souhaitent pas détenir en raison de fluctuations de prix ou de préoccupations de crédit. Il a déclaré :
« Sans monnaie de banque centrale tokenisée, un vendeur de titres tokenisés pourrait recevoir un paiement dans un actif qu'il n'est pas à l'aise de détenir – un actif exposé à la volatilité des prix ou au risque de crédit – ce qui limite la capacité du marché à se développer. »
Ses remarques placent la monnaie publique au centre du plan de tokenisation de la BCE. La BCE a élaboré ce plan via Pontes, le projet de règlement par registres distribués de l'Eurosystème. Pontes est conçu pour connecter les plateformes de marché basées sur la DLT aux services TARGET de l'Eurosystème afin que les transactions puissent être réglées en monnaie de banque centrale.
La BCE a indiqué que Pontes devrait être lancé initialement au troisième trimestre 2026. Cette première phase vise à répondre à la demande immédiate du marché et à permettre aux participants de régler les transactions basées sur la DLT en monnaie de banque centrale.
Pontes fait partie d'un plan plus large à deux volets. Le volet à court terme se concentre sur des outils de règlement pratiques, tandis que le volet à plus long terme est Appia, qui vise à contribuer à façonner un système financier tokenisé européen plus large d'ici 2028.
La BCE a précisé qu'Appia sera construit avec la contribution du marché. Il est destiné à définir comment la finance tokenisée peut se développer en Europe tout en maintenant la monnaie de banque centrale comme couche de base pour la confiance et le règlement.
Cipollone a également affirmé que le règlement seul ne suffira pas. Il a appelé à une collaboration plus étroite entre les institutions publiques et les entreprises privées, ainsi qu'à des règles juridiques adaptées à la finance tokenisée dans toute l'Union européenne.
Une partie d'Appia se concentre sur l'interopérabilité. L'objectif est de rendre les actifs tokenisés transférables entre différentes plateformes DLT grâce à des formats de données partagés et des standards de contrats intelligents compatibles.
Il a déclaré que le plan de la Commission européenne visant à étendre et améliorer le régime pilote DLT est « important et bienvenu ». Dans le même temps, il a averti que l'Europe pourrait encore avoir besoin d'un cadre juridique dédié afin que les actifs tokenisés puissent être émis, détenus et transférés plus facilement dans tout le bloc.
En outre, le débat a également suscité des commentaires d'entreprises du secteur privé. Circle a déclaré dans un feedback soumis le 20 mars que la Commission devrait élargir le régime pilote DLT et permettre aux prestataires de services sur crypto-actifs agréés de proposer des services de comptes en monnaie électronique tokenisée.
Ce feedback est intervenu quelques jours seulement avant le discours de Cipollone. Ensemble, ces commentaires montrent que les institutions publiques et les entreprises privées plaident en faveur de règles plus claires alors que l'Europe s'efforce de construire des marchés tokenisés capables de fonctionner à grande échelle.